Sommes-nous conscients ou avons-nous à nous rendre conscients ?

  1. Explication du sujet :

Le sujet pose la question de la nature et de la qualité de notre conscience. Il invite à réfléchir sur la dualité entre une conscience immédiate, spontanée, naturellement acquise et une conscience élaborée, réfléchie, qui demande un effort de lucidité et d'introspection.

  • Exemple 1 : Dans le "Banquet", Platon compare l’âme à une voiture tirée par deux chevaux, l'un symbolisant notre appétit, l'autre notre raison. Le rôle du cocher, symbole de la conscience, est de canaliser ces influences contradictoires. Ce qui nécessite une prise de conscience explicite.
  • Exemple 2 : Pour Freud, le père de la psychanalyse, notre esprit est divisé entre le conscient (ce dont nous sommes immédiatement conscients), le pré-conscient (ce que nous pouvons ramener à la conscience par la mémoire) et l'inconscient (les désirs et souvenirs refoulés). Se rendre conscient exige un travail d'analyse introspective.
  • Exemple 3: Les pensées bouddhistes de Nāgārjuna mettent en exergue l'importance de l'éveil, de la prise de conscience dans le chemin vers l'illumination. Un chemin qui nécessite la pratique et l'effort pour aller au-delà de la conscience routinière.
  • Exemple 4 : Hume, dans son enquête sur les principes de la morale, parle de la plus grande envergure de notre conscience morale lorsqu'elle est éclairée par la réflexion.

Ces exemples montrent que la conscience peut être naturelle et spontanée mais qu'elle peut également nécessiter un effort, un travail sur soi pour atteindre une forme de conscience plus évoluée, plus lucide.

  1. Du sujet à la problématique :

Nous passons du sujet à la problématique en définissant d'abord les termes clés, en l'occurrence "conscience" et "se rendre conscient".

  • Conscience : C'est la capacité d'un sujet à éprouver des sensations, des pensées et des sentiments et à se rendre compte de leur existence.
  • Se rendre conscient : C'est l'action de se mettre en état de conscience, volontairement, par un effort de réflexion et d'analyse.

Ensuite, nous identifions la question implicite posée par le sujet : "Est-ce que notre conscience est donnée ou bien doit-elle être acquise ?"

  1. La problématique :

La problématique qui émerge du sujet est la suivante : "La conscience est-elle un état naturel et spontané ou est-elle le produit d'un effort volontaire d'introspection et de réflexion ?"

  1. Introduction rédigée:

Le sujet que nous avons à traiter aujourd'hui ouvre sur une réflexion sur la nature de notre conscience. Sommes-nous conscients en vertu de notre nature humaine ou devons-nous devenir conscients par le biais d'un effort élaboré de compréhension et d'analyse ? Cette question nous fait naviguer entre deux pôles de la réflexion philosophique : l'innéisme, qui postule une conscience naturelle, et l'empirisme,qui soutient que la conscience s'acquiert. Autrement dit, avons-nous un sens de soi et du monde intériorisé ou devons-nous travailler pour le cultiver et l'affiner ?

5. Plan détaillé:

  • I. La conscience comme état naturel

    1. La position des philosophes innéistes

      • Exemple : La vision platonicienne de la connaissance comme "reminiscence".
    2. La conscience perceptive

      • Exemple : L'idée cartésienne de la sensibilité comme une forme de connaissance immédiate.
    3. Les limites de cette position

      • Exemple : La critique par Nietzsche de cette vision simpliste de la conscience.
  • II. La conscience comme acquis

    1. La position des philosophes empiristes

      • Exemple : La théorie de Locke sur l'esprit comme une "table rase" à la naissance.
    2. L'idée de conscience réflexive

      • Exemple : Les écrits de Rousseau sur le travail d'introspection nécessaire pour se connaître soi-même.
    3. Les limites de cette position

      • Exemple : La critique par Kant de la vision empiriste de la connaissance comme simple accumulation d'expériences.
  • III. Vers une conscience évolutive

    1. La nécessité d'une conscience éclairée

      • Exemple : La philosophie de Kant sur le passage de l'état de "tutelle" à l'âge de la "raison".
    2. Le rôle de l'éducation et de l'expérience

      • Exemple : Le concept d'éducation progressive chez Dewey.
    3. L'idée de conscience comme une quête continue

      • Exemple : L'analyse par Sartre de la conscience comme un projet en suspens.
  1. Conclusion rédigée:

En conclusion, on peut dire que si nous naissons avec une certaine conscience innée, la conscience évolutive est celle à laquelle nous aspirons. Comme le dit Sartre, nous ne sommes pas ce que nous sommes et nous sommes ce que nous ne sommes pas. C'est dans ce mouvement dialectique que réside la véritable prise de conscience. C'est donc un effort actif d'autoréflexion et de questionnement qui conduit à une véritable prise de conscience et non une simple présence passive dans le monde. La conscience, alors, n'est pas seulement un état d'être, mais un mouvement dynamique. Arriver à la conscience est comme gravir une montagne : il ne s'agit pas d'atteindre le sommet mais d'apprécier le voyage.