Peut-on faire plus que son devoir ?
- Explication du sujet :
"Peut-on faire plus que son devoir ?" est une question qui interroge la possibilité et la pertinence d'aller au-delà de ce qui est attendu de nous, moralement ou socialement.
-
Exemple 1 : Prenons l'exemple de la doctrine de Kant dans "Fondements de la métaphysique des mœurs". Kant établit que le devoir est une obligation qui provient de la raison et non du sentiment. Ainsi, faire plus son devoir serait, dans le cas de Kant, une contradiction car le devoir est précisément un mécanisme rationnel qui définit les limites de notre action.
-
Exemple 2 : Considérons l'hypothèse de l'enseignant qui, bien que son devoir ne soit que de donner les cours prévus par le programme, décide d'accorder du temps supplémentaire à un élève en difficulté afin de lui venir en aide. Dans ce cas, l'enseignant peut être considéré comme surperformant.
-
Exemple 3 : Dans une autre perspective, le stoïcien Épictète soutient que le devoir de l'homme est simplement d'accepter ce qui se passe sans se laisser affecter par le désir ou la colère. Dans ce cadre, 'faire plus que son devoir' n'aurait aucun sens, car tout est accepté comme nécessaire.
-
Exemple 4 : Selon Aristote, dans son "Éthique à Nicomaque", l'action ne doit pas seulement être conforme au devoir, elle doit en outre émaner d'un état de caractère. Donc, faire plus que son devoir peut signifier manifester un caractère vertueux.
En conclusion, il semble que la possibilité de faire plus que son devoir dépende largement de nos conceptions de ce qu'est le devoir.
- Du sujet à la problématique :
Pour mieux cerner l'enjeu du sujet, il faut définir précisément les termes-clés :
-
"Faire plus" : Ce terme appelle à une réflexion sur l'excès, l'extrême, l'au-delà de la limite prescrite ou attendue. Subsiste alors une question sur la valeur et le sens de cette surperformance.
-
"Devoir" : Cette notion renvoie à une idée d'obligation morale, éthique ou professionnelle. Elle pose alors la question des limites de nos obligations, de nos droits et de la distinction entre devoir et supererogation (action louable mais non requise).
Passer du sujet à la problématique implique donc de confronter ces deux termes-clés, dont les connotations peuvent paraître antithétiques : si le devoir est une limite normative à respecter, que signifie, dans ce cas, de 'faire plus' ?
- La problématique :
Par conséquent, la problématique de notre sujet pourrait être formulée comme suit : Dans quelle mesure est-il possible, et éventuellement souhaitable, de dépasser les attentes normatives inhérentes au devoir ?
- Introduction rédigée :
Le concept de "devoir" nous renvoie à des règles, des normes, des obligations que nous suivons ou incarnons dans la société. Le devoir peut être éthique, juridique, social ou professionnel, selon que l'on se réfère à Kant, au droit positiviste, à l'étiquette sociale ou au contrat de travail. Cependant, quel que soit le contexte, le devoir est, en général, la mesure des actions attendues. Ainsi, l'idée de surpasser son devoir peut sembler contradictoire. Car si le devoir est la mesure de ce que l'on attend, 'en faire plus' semble extrême, voire inutile, car par définition, le devoir devrait être suffisant. Pourtant, il existe des situations dans lesquelles nous sommes amenés, voire obligés de surpasser le strict cadre du devoir. Cela nous conduit donc à nous interroger sur la possibilité et l'utilité de faire plus que son devoir.
5. Plan détaillé:
-
I. Importance et nécessité de faire son devoir
-
Kant et l'impératif catégorique > - Exemple : La distinction faite par Kant entre les obligations légales et morales
-
Le devoir comme expression de la vertu dans l'éthique aristotélicienne > - Exemple : La doctrine du juste milieu d'Aristote
-
Le devoir comme garde-fou contre l'égoïsme > - Exemple : La critique rousseauiste de l'égoïsme.
-
-
II. Les limites et problèmes du respect strict du devoir
-
La rigidité du devoir kantien
- Exemple : L'impératif catégorique kantien et ses conséquences parfois absurdes ou moralement problématiques
-
L'insuffisance du devoir face à la complexité de la vie
- Exemple : Le concept nietzschéen de "volonté de puissance"
-
Le devoir comme entrave à la liberté
- Exemple : La notion de devoir selon Sartre et l'importance de l'authenticité et de la liberté
-
-
III. Quand faire plus que son devoir devient nécessaire
-
Le concept de supererogation
- Exemple : La défense de la supererogation par Thomas d'Aquin
-
L'engagement total dans ce que l'on fait
- Exemple : La notion d'engagement total dans la religion, l'art, la politique etc. selon Kierkegaard
-
Quand le devoir devient aliénant, l'excès peut être libérateur
- Exemple : L'aliénation de l'homme moderne et son désir de libération, selon Marx.
-
- Conclusion rédigée:
En conclusion, la possibilité de faire plus que son devoir est une problématique complexe et multifacette qui dépend étroitement de la définition du devoir et de sa portée normative. De Kant à Aristote, en passant par Sartre, l'ambiguïté inhérente au concept de devoir a donné lieu à de nombreuses interprétations philosophiques. Néanmoins, même si 'faire plus' que son devoir peut sembler superflu ou même dommageable, certaines situations le requièrent. Il peut s'agir d'un dépassement nécessaire pour maintenir ou restaurer une certaine idée de la justice, de la bonté ou du sacrifice. In fine, le questionnement sur la possibilité de faire plus que son devoir nous conduit inévitablement à une introspection plus profonde sur la nature de nos obligations éthiques et notre aspiration à la liberté.