Pourquoi faire son devoir ?

  1. Explication du sujet :

Le sujet "Pourquoi faire son devoir ?" interroge le sens et la nécessité de l'action prescrite par un devoir, qu'il soit moral, professionnel ou citoyen. Il pourrait sembler que le devoir est quelque chose d'imposé, une contrainte à laquelle on se conforme par obligation. Il y a cependant une question sur le pourquoi de cette action : fait-on son devoir par peur de la sanction, par volonté de conformité sociale, ou par conviction personnelle que l'action est bonne en soi ?

  • Exemple 1 : Du point de vue de Kant, faire son devoir consiste à obéir à la loi morale, non parce qu'elle procure du plaisir ou du bonheur, mais parce qu'elle est un impératif catégorique, c'est-à-dire un commandement absolument obligatoire, indépendamment de nos désirs et de nos penchants naturels (Kant, La métaphysique des moeurs).
  • Exemple 2 : Pour Aristote cependant, faire son devoir est lié à la recherche du bien et de l'excellence morale : on agit vertueusement non pas par contrainte, mais parce qu'on se rend compte que la vertu est le moyen d'atteindre le bonheur (Aristote, Ethique à Nicomaque).
  • Exemple 3 : Dans un contexte social et politique, on peut aussi faire son devoir par sens civique, comme Hobbes le suggère dans le Léviathan, où la soumission à l'autorité de l'Etat garantit la paix et la sécurité de tous.
  • Exemple 4 : On peut aussi rendre compte de l'importance du devoir à partir de la conception utilitariste de Mill, selon laquelle on fait son devoir pour contribuer au bien-être général, car ce qui est moralement bon est ce qui procure le plus de bonheur au plus grand nombre (Mill, Utilitarianism).

En somme, faire son devoir peut avoir plusieurs justifications : l'obéissance à une loi morale, le désir d'excellence morale, la participation à l'ordre social et la contribution au bien-être général.

  1. Du sujet à la problématique :

Dans le sujet "Pourquoi faire son devoir ?", les termes principaux à analyser sont "pourquoi", "faire" et "devoir".

  • "Pourquoi" invite à chercher les raisons et les justifications de l'action, qu'elles soient externes (contrainte, attente des autres, sanction) ou internes (conviction, valeur, engagement moral) à l'individu.

  • "Faire" concerne l'action concrète, la mise en œuvre de ce devoir. C'est une dimension pratique qui engage l'agent dans une activité précise.

  • "Devoir" renvoie à l'obligation, à ce qui est prescrit par une autorité (loi, règle, norme, conscience) et qui s'impose à l'individu comme une nécessité.

La question implicite posée par le sujet est donc : Qu'est-ce qui motive, justifie ou donne un sens à l'accomplissement d'un devoir ?

  1. La problématique :

La problématique pourrait être formulée ainsi : Quelles sont les motivations et les justifications de l'accomplissement d'un devoir ? Agit-on par contrainte, par conviction, par utilité sociale ou par recherche du bonheur ?

  1. Introduction rédigée:

Dans la vie de tous les jours, chacun est confronté à l'impératif de faire son devoir, que ce soit sur le plan personnel, professionnel ou social. Le devoir peut apparaître comme une contrainte, pesante et coercitive, ou comme une nécessité morale, qui s'impose à la conscience en vertu de principes de justice, de responsabilité et d'intégrité. Il convient cependant de se demander pourquoi faire son devoir devrait-il être essentiel. C'est cette question que notre sujet nous invite à explorer. Avançant de l'analyse sémantique du sujet à la problématique plus précise, nous en venons à nous interroger sur les diverses motivations et justifications qui peuvent pousser à l'accomplissement du devoir. Sommes-nous motivés par la peur de la sanction, le désir d'intégration sociale, les convictions personnelles, ou un sens plus profond de l'éthique et de la valeur morale ? Pour répondre à cette question, nous explorerons différentes perspectives philosophiques, depuis Kant et Aristote jusqu'à Hobbes et Mill.

  1. Plan détaillé:
  • I. Faire son devoir par obligation morale (Kant)

    1. Le devoir comme impératif catégorique

      • Exemple : Selon Kant dans la métaphysique des moeurs, on fait son devoir par respect de la loi morale.
    2. Le devoir comme autonomie de la volonté

      • Exemple : Pour Kant, l'obéissance au devoir est la manifestation de notre liberté et de notre autonomie morale.
    3. Le dilemme du mensonge par devoir

      • Exemple : Dans le cas controversé du mensonge pour sauver une vie, Kant soutient que dire la vérité est un devoir catégorique, même si cela peut avoir des conséquences fâcheuses.
  • II. Faire son devoir par recherche du bien et de la vertu (Aristote)

    1. Le devoir comme visée de l'excellence morale

      • Exemple : Aristote défend dans l'Ethique à Nicomaque que le bien est le but de toute action humaine, et donc le but du devoir.
    2. Le devoir comme activité conforme à la raison

      • Exemple : Pour Aristote, faire son devoir est agir rationnellement, en accord avec la partie la plus noble de notre âme.
    3. Le dilemme du choix entre différents devoirs

      • Exemple : Pour Aristote, si on a le choix entre plusieurs devoirs, on doit choisir le devoir qui est le plus conforme à la vertu.
  • III. Faire son devoir par utilité sociale et recherche du bonheur général (Hobbes, Mill)

    1. Le devoir comme garantie de la sécurité et de l'ordre social

      • Exemple : Pour Hobbes dans le Léviathan, l'obéissance aux lois de l'Etat est un devoir car elle garantit la paix.
    2. Le devoir comme contribution au bien-être général

      • Exemple : Pour Mill, dans l'Utilitarisme, faire son devoir est contribuer au bonheur du plus grand nombre.
    3. Le dilemme de l'obéissance à des lois injustes

      • Exemple : Pour Mill, si une loi est injuste, le devoir de désobéissance civile peut prévaloir sur le devoir d'obéissance à la loi.
  1. Conclusion rédigée:

Faire son devoir peut prendre de multiples formes et motivations, depuis l'obligation morale kantienne jusqu'à la recherche de la vertu aristotélicienne, en passant par l'utilité sociale chez Hobbes et les visées utilitaristes chez Mill. Chacune de ces perspectives fournit un éclairage différent sur notre sujet, et rend compte de la complexité et de la richesse des réponses possibles à la question "Pourquoi faire son devoir ?". Paradoxalement, c'est peut-être dans leur tension même, dans leur opposition et leur complémentarité, que ces différentes perspectives nous permettent de mieux saisir la nature et l'importance du devoir. Car le devoir, bien loin de se réduire à une contrainte ou à une charge, apparaît alors comme une instance majeure pour orienter notre action, pour nous faire agir non pas en fonction de nos préférences ou de nos intérêts personnels, mais en vue du bien, de l'équité et du bien-être de tous.