Suffit-il de faire son devoir ?

  1. Explication du sujet :

Le sujet "Suffit-il de faire son devoir?" interroge la pertinence de se limiter à accomplir des obligations morales et sociales sans nécessairement aller au-delà.

  • Exemple 1 : Dans "Métaphysique des moeurs", Kant soutient que le devoir moral trouve son fondement dans la raison et non dans les résultats pragmatiques des actions. Faire son devoir serait ainsi l'expression d'une volonté morale qui obéit à la loi morale pour elle-même et non pour quelque avantage que ce soit.
  • Exemple 2 : Socrate, dans l'Apologie de Platon, soutient que son devoir est de questionner sans cesse les croyances de ceux qui prétendent savoir. Il souligne cependant qu'il est également important d'aller au-delà de ces devoirs et de vivre une vie d'interrogation et de remise en question constante.
  • Exemple 3 : Dans "Utilitarianism", Mill laisse entendre que parfois, l'accomplissement du devoir, tel que défini par la morale utilitaire, peut ne pas suffire si l'on aspire à une forme supérieure de bonheur - par exemple, si l'on cherche à élever notre sens de l'épanouissement par-delà les actions contraintes par le devoir.
  • Exemple 4 : Dans son "Antigone", Sophocle illustre l'impossibilité de se réduire à son devoir : l'héroïne grecque Antigone faillit à ses devoirs envers la loi de la cité pour obéir à une loi supérieure non écrite, celle des dieux et de la nature.

Ces exemples posent une tension entre le respect formel du devoir, et l'idée de dépasser ce cadre rigide pour embrasser une forme de vie plus authentique et juste.

  1. Du sujet à la problématique :

Afin de transformer ce sujet en une problématique, nous devons définir clairement quelques concepts clés, qui sont "devoir" et "suffit".

"Devoir" fait référence à une règle ou une obligation morale, sociale ou légale. Il renvoie à des activités que l'on est tenue d'accomplir en raison de normes ou de valeurs. "Suffit" fait référence à l'idée d'être suffisant ou adéquat.

Le sujet amène donc à une tension : le respect du devoir suffit-il pour une vie morale ou faut-il chercher à aller au-delà de ces obligations pour réaliser pleinement notre potentiel en tant qu'êtres moraux et sociaux ?

  1. La problématique : La problématique pourrait donc être : "Le respect des devoirs, bien qu'essentiel, est-il suffisant pour se réaliser pleinement dans notre vie sociale et morale, ou faut-il chercher à transcender ces obligations en terme de vertu et d'engagement actif dans la société ?"

  2. Introduction rédigée:

Le respect du devoir, qu'il soit définit par une loi morale, une règle sociale ou un précepte religieux, semble constituer le pilier d'une vie juste et bien ordonnée. Faire son devoir, c'est respecter des engagements, se comporter en conformité avec certaines normes, respecter l'ordre social et légal, et en un mot, se conformer à ce que la société attend de nous. Cependant, la question se pose de savoir si le simple fait de respecter ces devoirs est suffisant. Sommes-nous accomplis en tant qu'individus ou membres de la communauté si nous nous limitons simplement à remplir nos devoirs? Ne devrions-nous pas chercher à transcender ces obligations, que ce soit par compassion, générosité ou sens de la justice? C'est ce qui sera examiné dans cette dissertation, en analysant les arguments présentés à la fois par les penseurs qui défendent l'idée que le strict respect du devoir est une fin en soi et par ceux qui exhortent à aller au-delà des obligations prescrites.

  1. Plan détaillé:
  • I. Importance de faire son devoir

    1. Le respect des devoirs est une expression de la rationalité morale (Kant)

      • Exemple : Kant dans "Métaphysique des Mœurs".
    2. L'accomplissement du devoir comme vertu civique (Hume, Locke)

      • Exemple : Locke dans "Second Traité du Gouvernement Civil".
    3. Faire son devoir comme condition de la paix sociale (Hobbes)

      • Exemple : Hobbes dans "Le Léviathan"
  • II. Les limites de l'accomplissement du devoir

    1. Le risque de l'inflexibilité morale (Nietzsche)

      • Exemple : Nietzsche dans "Ainsi parlait Zarathoustra".
    2. Le risque de négliger l'empathie et l'amour (Schopenhauer)

      • Exemple : Schopenhauer dans "Le Monde comme volonté et comme représentation".
    3. L'insuffisance du devoir pour mener une vie épanouissante (Mill)

      • Exemple : Mill dans "L'utilitarisme".
  • III. Au-delà du devoir : réalisation de soi et engagement dans la société

    1. Le dépassement moral du devoir (Aristote)

      • Exemple : Aristote dans "Éthique à Nicomaque".
    2. L'élargissement des obligations à travers la compréhension des autres (Levinas)

      • Exemple : Levinas dans "Totalité et infini".
    3. Les devoirs étendus et l'activisme social (Rawls)

      • Exemple : Rawls dans "Théorie de la Justice".
  1. Conclusion rédigée:

Il ressort de cette analyse qu'aussi important et essentiel soit l'accomplissement du devoir pour la vie morale et sociale, il ne suffit pas à lui seul pour une vie pleinement réalisée. Les devoirs, bien qu'ils assurent le respect des normes sociales et le bon fonctionnement de la société, peuvent se révéler insuffisants lorsqu'il s'agit de répondre à nos aspirations profondes à une vie épanouissante et significative. En outre, ils peuvent parfois entrer en conflit avec d'autres valeurs morales, telles que l'empathie, l'amour et la compassion. Alors, ne nous contentons pas seulement de faire notre devoir, cherchons aussi à transcender ces obligations et à nous engager activement dans la société, non par obligation, mais par une conviction profonde de l'importance de la vertu et du bien-être commun.