La force est-elle au fondement de l’État ?
- Explication du sujet :
Le sujet questionne le lien entre la force et l'État. Est-ce que la force, entendue ici comme pouvoir coercitif, est le fondement, c'est-à-dire la base sur laquelle se construit et se légitime l'État, ou existe-t-il d'autres fondements plus essentiels ?
- Exemple 1 : Hobbes, dans le "Léviathan", pose que l'État est fondé sur un contrat social dans lequel chacun abandonne son droit de nature pour le transférer à une autorité souveraine afin d'éviter la "guerre de tous contre tous". Ici, la force est au service de l'État pour maintenir l'ordre, mais ce n'est pas le fondement de l'État.
- Exemple 2 : Machiavel, dans "Le Prince", semble au contraire penser que la force (militaire notamment) est au fondement du pouvoir, du moins provisoirement, jusqu'à la stabilisation du pouvoir.
- Exemple 3: Dans la "Politique" d'Aristote, l'État est plutôt fondé sur la notion de justice et l'aspiration à la vie bonne. Dès lors, la force ne serait qu'un moyen, non le fondement, de l'État.
- Exemple 4 : Chez Nietzsche, "la volonté de puissance" est un concept central. Selon lui, toutes les structures de pouvoir, y compris l'État, sont fondées sur l'expression d'une volonté de domination, qui pourrait être rapprochée de l'idée de force.
Ces exemples révèlent donc différents points de vue sur le rôle et la place de la force dans le fondement de l'État.
- Du sujet à la problématique :
D'une part, la notion de force doit être définie clairement. On peut comprendre la force comme une forme de pouvoir coercitif, de contrainte physique, politique ou militaire. D'autre part, le terme "État" réfère au phénomène politique organisé, une institution dotée d'un pouvoir souverain. Ensuite, le terme de "fondement" invite à penser ce qui est à la base de cet État, ce qui le rend possible et le légitime.
L'interrogation du sujet renvoie in fine à la question de la légitimité et de la nature de l'État. La force est-elle ce qui justifie l'existence de l'État ou bien est-ce autre chose (le droit, la justice, le bien commun, le consentement des gouvernés…) qui est au cœur du phénomène étatique ?
- La problématique :
La problématique pourrait être : Dans quelle mesure et à quelles conditions la force peut-elle être considérée comme le fondement de l'État ?
- Introduction rédigée:
Le sujet propose une réflexion sur le fondement de l'État. Plus précisément, il nous invite à nous demander si la force est à la base de l'État, si elle constitue son fondement, c'est à dire ce sans quoi l'État ne serait pas. Envisager la force comme fondement de l'État revient à poser que sans elle, l'État ne pourrait exister ou se maintenir. Cela amène à définir la nature de cette force : est-ce une force physique, militaire, coercitive ? Est-ce une force morale, le poids de la loi, la puissance de l'ordre établi ? Enfin, à supposer que la force soit le fondement de l'État, cela ne doit pas nous faire oublier de questionner la légitimité de cette force. Est-ce que toute force qui se déclare État en est un légitimement ? À cette question, le travail de nombreux philosophes nous aidera à répondre.
- Plan détaillé:
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I. La nécessité de la force pour la constitution de l'État
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Argument : Selon Hobbes et le contrat social, la force est nécessaire pour instituer l'État
- Exemple : L'abandon du droit de nature pour le transfert à une autorité souveraine chez Hobbes.
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Argument : Machiavel valorise l'usage de la force pour l'acquisition et la conservation du pouvoir > - Exemple : Le Prince de Machiavel et sa théorie de la conquête du pouvoir.
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Argument : Nietzsche fait de la volonté de puissance le fondement de toute structure de pouvoir > - Exemple : Comment la volonté de puissance se manifeste dans l'État selon Nietzsche.
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II. La force n'est pas le seul fondement de l'État
- Argument : La justice comme fondement de l'État
- Exemple: Aristote et sa "Politique"
- Argument : La légitimité par le consentement des gouvernés
- Exemple: Locke et la théorie du consentement
- Argument : La force comme un moyen pour l'État, non comme sa fin
- Exemple: Kant et la distinction entre moyens et fins dans "Métaphysique des mœurs".
- Argument : La justice comme fondement de l'État
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III. L'interaction entre force et autres fondements de l'État
- Argument : La force légitime par l'ordre juridique
- Exemple: Weber et la notion de « la monopolisation de la violence légitime »
- Argument : Le droit comme modérateur de la force
- Exemple : Rousseau et le contrat social
- Argument : L'équilibre entre force et consentement
- Exemple: Montesquieu et les lois de l'équilibre des pouvoirs.
- Argument : La force légitime par l'ordre juridique
- Conclusion rédigée:
Il ressort de notre étude que la force est un élément majeur dans la constitution et le maintien de l'État. De Hobbes à Nietzsche, en passant par Machiavel, les philosophes reconnaissent la place prépondérante de la force dans la constitution de l'État. Toutefois, il est également évident que la force n'est pas le seul, ni toujours le fondement principal de l'État. La justice pour Aristote, le consentement pour Locke, l'ordre moral pour Kant sont aussi au cœur du phénomène étatique. Par ailleurs, la force doit être encadrée par le droit pour être légitime, comme le montre Rousseau et Weber. En somme, l'État semble être le produit d'un équilibre fragile entre force et légalité, entre le respect de l'ordre, le consentement des gouvernés et la force : une problématique qui garde toute son acuité dans nos démocraties contemporaines.