Peut-on reprocher à un être humain d'être inconscient ?

  1. Explication du sujet : Le sujet interroge la possibilité ou non de blâmer un individu pour son inconscience. Ici, l'inconscience peut être comprise dans une double acception : d'abord au sens de privation de conscience, c'est-à-dire dans un état de sommeil, d'évanouissement ou d'ivresse. Mais aussi, nous pouvons interpréter l'inconscience dans le sens freudien, soit comme le non-su de la conscience, en référence à tout ce que l'individu fait sans en avoir conscience.
  • Exemple 1 : Selon Socrate dans son apologie chez Platon, l'ignorance est à la source du mal. Ainsi, celui qui commet une erreur le fait par inconscience. On ne pourrait donc le reprimander, plutôt devrait-on l'instruire.
  • Exemple 2 : Pour Freud en revanche, l'inconscient est le siège de désirs refoulés. Le sujet n'est pas entièrement maître de ses actes. Il peut donc agir sous l'influence de son inconscient sans s'en rendre compte.
  • Exemple 3: On peut penser à la notion de responsabilité légale. En droit, l'inconscience liée à un état d'ivresse n'exonère généralement pas de responsabilité lors de la commission d'un délit.
  • Exemple 4 : Descartes revendique une psychologie de la conscience. Pour ce dernier, on ne peut considérer comme vrai et certain que ce qui est clair et distinct à notre esprit. Ainsi, on ne peut blâmer une personne pour son inconscience, puisque selon lui cela reviendrait à blâmer une personne pour son ignorance.

Dans un sens, il semble que l'on puisse retenir l'individu responsable de ses actes et donc le blâmer pour son inconscience. Mais d'un autre point de vue, spécialement en référence à la conception freudienne de l'inconscient, cela semble injustifié.

  1. Du sujet à la problématique : Le terme "reprocher" renvoie à la responsabilité morale et/ou légale d'un individu. L'inconscience peut-être comprise de deux façons: comme une absence de conscience (sommeil, évanouissement, ivresse) ou comme le non-su de la conscience (inconscient freudien).
  • Reprocher : attribuer une faute à quelqu'un, la lui imputer. Il implique une responsabilité morale ou juridique.
  • Être : désigne l'existence d'un individu.
  • Humain : renvoie à l'homme en tant qu'être conscient et moral.
  • Inconscient : peut être compris soit comme une privation de conscience, soit comme ce qui échappe à la conscience (Freud).

La question implicite derrière le sujet semble être : est-il juste de tenir quelqu'un responsable de son inconscience ?

  1. La problématique :

Est-il justifié de tenir une personne responsable de ses actions lorsqu'elle est inconsciente et donc, par extension, de lui reprocher son inconscience ?

  1. Introduction rédigée:

Ce sujet de philosophie nous amène à nous interroger sur le rapport entre l'inconscience et la responsabilité. En effet, peut-on tenir un être humain responsable de son inconscience au point de lui faire des reproches ? Cette question touche à des domaines cruciaux de notre vie : moralité, légalité et psychologie. D'une part, reprocher suppose qu'une responsabilité morale ou légale est en jeu. De l'autre, l'inconscience fait référence à un état de non-conscience ou à ce qui échappe à la conscience selon Freud. Le sujet suppose donc une tension entre ces deux termes. Pour y répondre, nous tâcherons, dans une première partie, de montrer que l'on peut effectivement reprocher une inconscience en certains cas, notamment juridiques. Dans une seconde partie, nous verrons cependant que du point de vue de certaines doctrines philosophiques et psychologiques, l'inconscience échappe à la responsabilité de l'individu et qu'il serait donc injuste de le lui reprocher. Enfin, nous proposerons une troisième voie qui consiste à penser que le sujet peut être tenu pour responsable de son inconscience, mais uniquement à certaines conditions.

5. Plan détaillé:

  • I. L'Inconscience comme source de responsabilité

    1. La loi et l'inconscience

      • Exemple : En droit, l'inconscience due à l'ivresse n'exonère généralement pas de responsabilité.
    2. La morale et l'inconscience

      • Exemple : Pour Kant, la morale consiste à agir en fonction de la raison.
    3. La conscience comme condition de responsabilité

      • Exemple :la conscience chez Descartes comme condition pour distinguer ce qui est vrai de ce qui est faux.
  • II. L'Inconscience échappant à la responsabilité de l'individu

    1. L'inconscient freudien

      • Exemple : Pour Freud, l'inconscient est le siège de désirs refoulés, et donc de comportements inconscients.
    2. Le déterminisme et l'absence de libre arbitre

      • Exemple :Pour Spinoza, notre comportement est déterminé par une multitude de facteurs externes.
    3. La notion d'erreur chez Socrate

      • Exemple :Socrate prétendait que nul ne fait le mal volontairement, mais par ignorance.
  • III. La responsabilité conditionnelle de l'inconscience

    1. La responsabilité liée à la qualité de l'inconscience

      • Exemple :Aristote définissant différents degrés de responsabilité en fonction de l'état de connaissance du sujet.
    2. L'éducation et la conscience

      • Exemple : Pour Rousseau, l'éducation doit aider à rendre l'individu conscient de lui-même et du monde qui l'entoure.
    3. La conscience comme entreprise permanente

      • Exemple : Sartre et l'idée de la mauvaise foi, de l'auto-illusion volontaire.
  1. Conclusion rédigée:

Il semble donc que le reproche adressé à un être humain pour son inconscience ne puisse être justifié que dans certaines conditions. Autrement dit, tout dépend du type d'inconscience en question et de la capacité de l'individu à en prendre conscience. Si la loi et la morale traditionnelle exigent généralement une pleine conscience pour attribuer une responsabilité, la psychologie freudienne et certaines philosophies de la conscience montrent que l'homme n'est pas nécessairement maître de ses propres actions. Dès lors, le blâme serait injustifié. Toutefois, en tant qu'être capable de raison, l'homme peut être tenu pour responsable de la recherche de sa propre conscience. A cet égard, l'éducation et l'auto-examen jouent un rôle déterminant. En somme, la question de reprocher à un être humain son inconscience doit être posée avec précaution, dans la mesure où elle implique des jugements de valeur biens plus complexes qu'il n'y paraît au premier abord. La clé est peut-être de ne pas oublier notre propre capacité à être, nous aussi, parfois inconscients.